Pourquoi le trafic Internet de Sydney passe par Londres

Qu'ont en commun Sydney et Gqeberha, deux villes situées aux extrémités opposées du globe ? Il s'avère que le trafic internet qui les relie peut réserver quelques surprises. Une surveillance récente de GeoCables a révélé que les données envoyées de l'Australie à l'Afrique du Sud ont parcouru non seulement la distance directe de 11 012 км, mais aussi un détour supplémentaire de 9 671 км, atteignant Londres avant de revenir en Afrique. La latence totale s'est élevée à 394 мс, soit près de quatre fois le minimum théorique de 110 мс pour une telle distance.
Principaux fournisseurs de réseau : qui transporte le trafic ?
Lors de son voyage de Sydney à Gqeberha, le trafic a traversé plusieurs grands réseaux, notamment Over The Wire Pty Ltd (AS9268) en Australie, AFR-IX TELECOM (AS60171) en Espagne et au Royaume-Uni, puis Cape Connect Internet (AS37640) en Afrique du Sud. Ces réseaux représentent un mélange d'opérateurs locaux et de transit. Par exemple, AFR-IX TELECOM, basé à Barcelone, est spécialisé dans les connexions transfrontalières et gère des infrastructures de câbles en Europe et en Afrique. Cependant, l'absence de peering direct (points de connexion) entre l'Australie et l'Afrique du Sud, combinée à la logique commerciale du routage de transit, oblige les données à passer par Londres, l'un des plus grands hubs d'échange de trafic internet.
Implications pratiques pour les utilisateurs
De tels retards peuvent être critiques pour les utilisateurs finaux. Par exemple :
- Appels vidéo : Une latence de 394 мс peut entraîner des échos perceptibles et des décalages dans les conversations, rendant la communication moins confortable.
- Jeux en ligne : La réactivité d'un joueur dans les jeux de tir ou de stratégie dépend de la vitesse de connexion. Avec une latence supérieure à 150 мс, le jeu devient difficile, et à 394 мс, presque impossible.
- Services cloud : Un RTT (Round-Trip Time) de 394 мс peut réduire considérablement les performances des applications cloud comme les bureaux à distance ou les bases de données.
- Trading financier : Dans le trading à haute fréquence, chaque milliseconde compte. Un retard de centaines de millisecondes peut entraîner la perte d'opportunités lucratives.
Pourquoi le trafic régional "s'égare" ?
Les caractéristiques de l'infrastructure régionale jouent un rôle clé. Historiquement, l'Australie et l'Afrique du Sud ont eu des connexions directes limitées par câbles sous-marins. À la place, les données sont souvent acheminées via l'Europe, où se trouvent des hubs d'échange de trafic majeurs comme Londres et Francfort. Ce routage est motivé par des considérations économiques des opérateurs, qui privilégient des itinéraires moins coûteux et plus stables, même si cela augmente la latence globale.
Contexte réel : événements près de la route
Fait intéressant, des phénomènes naturels ont été enregistrés près de la route. Un jour avant les mesures (7 juillet 2026), une alerte verte d'inondation a été émise en Australie, à environ 592 км de Sydney. Cependant, GeoCables montre clairement que le détour de la route n'a pas été causé par cet événement, mais uniquement par les caractéristiques du routage. Des inondations similaires ont été signalées en Afrique du Sud le 5 juin, ainsi qu'aux Pays-Bas et en Belgique fin juin, mais elles n'ont eu aucun impact sur le trafic internet.
Que montrent les mesures de GeoCables ?
Sur la base de l'analyse de 15 sauts de réseau, l'itinéraire apparaît comme suit :
- Sydney, Australie (Over The Wire Pty Ltd)
- Barcelone, Espagne (AFR-IX TELECOM)
- Londres, Royaume-Uni (AFR-IX TELECOM UK)
- Le Cap, Afrique du Sud (Cape Connect Internet)
Ce parcours illustre comment les réseaux internet modernes peuvent être étonnamment inefficaces dans certaines régions. Les plateformes comme GeoCables visent non seulement à documenter ces itinéraires, mais aussi à aider les opérateurs et les utilisateurs à comprendre les défis de l'infrastructure et à explorer des solutions.
En conclusion, bien que le réseau internet mondial s'efforce d'atteindre une vitesse et une efficacité maximales, des cas comme le détour entre Sydney et Gqeberha nous rappellent que l'optimisation des itinéraires est à la fois un défi technique et économique.