Pourquoi le trafic Internet Moscou-Japon fait un détour de 5 417 km
Lorsque vous envoyez des données de Moscou (Russie) à Ibaraki (Japon), vous vous attendez à ce qu'elles parcourent une distance directe de 7460 km. Cependant, la surveillance de GeoCables montre que ce trajet peut se transformer en un véritable détour internet. Au lieu de suivre le chemin le plus court, les paquets de données "voyagent" via Singapour, ajoutant jusqu'à 5417 km de distance supplémentaire. En conséquence, le temps de transit des paquets (RTT) atteint 264 millisecondes, soit presque 4 fois le minimum théorique de 75 millisecondes dicté par la vitesse de la lumière dans la fibre optique. Que se passe-t-il donc ?
Pourquoi le trafic passe-t-il par Singapour ?
Le voyage des paquets commence à Moscou (AS50867 HOSTKEY B.V.), puis ils transitent par des nœuds clés : Stockholm (AS174 Cogent Communications), Paris, Marseille et, de manière inattendue, Singapour, avant d'atteindre leur destination finale à Ibaraki (AS63806 Human-life Information Platforms Institute). Le principal "transporteur" du trafic sur cet itinéraire est Cogent Communications, l'un des plus grands opérateurs de transit mondiaux. Pourquoi l'itinéraire est-il si indirect ?
La réponse réside dans l'économie du peering et du transit. Idéalement, les opérateurs en Russie et au Japon pourraient établir des interconnexions directes, mais leur absence oblige les données à emprunter des chemins détournés via des hubs majeurs. Singapour, grâce à son rôle dans l'infrastructure internet mondiale, devient un nœud de transit naturel pour le trafic entre l'Europe et l'Asie, même si cela n'est pas optimal géographiquement. Ces itinéraires se forment en raison des accords entre opérateurs, des coûts de transit et de la présence de points d'atterrissage de câbles sous-marins.
Conséquences pratiques pour l'utilisateur
Alors, qu'est-ce que cela signifie pour l'utilisateur final ? Une latence de 264 ms peut poser un problème sérieux pour les tâches nécessitant une faible réactivité. Par exemple :
- Appels vidéo : Des latences supérieures à 150 ms peuvent entraîner des pauses perceptibles et des interruptions dans la conversation, dégradant l'expérience utilisateur.
- Jeux en ligne : Dans les jeux, en particulier compétitifs, une RTT élevée (supérieure à 100 ms) peut provoquer des "lags", rendant le jeu pratiquement injouable.
- Transactions financières : Les retards peuvent entraîner une perte d'avantage concurrentiel sur les marchés à haute fréquence.
- Services cloud : Une augmentation du temps d'accès aux données ou aux applications peut ralentir les processus de travail, en particulier pour les entreprises dépendant du cloud computing.
À titre de comparaison : si l'itinéraire était direct, les utilisateurs recevraient une réponse en 75 ms. Mais en raison de la routage actuel, cela est impossible. Une différence de plusieurs centaines de millisecondes peut sembler insignifiante, mais dans le monde numérique, même des fractions de seconde comptent.
Contexte infrastructurel
Pourquoi le trafic régional "s'égare-t-il" ? La raison réside dans le développement historique de l'infrastructure internet. Alors que l'Europe et l'Amérique du Nord ont depuis longtemps établi des réseaux denses de peering et de transit, la région asiatique s'est historiquement appuyée sur quelques grands hubs comme Singapour et Hong Kong. Ces villes sont devenues des points de concentration pour les câbles sous-marins reliant l'Est et l'Ouest. Moscou, malgré sa position géographique, reste faiblement intégrée dans l'infrastructure asiatique, ce qui conduit à de tels détours.
Événements réels et contexte honnête
Fait intéressant : lors des mesures effectuées par GeoCables le 11 juillet 2026, plusieurs phénomènes naturels majeurs se sont produits dans la région. Par exemple, un séisme de magnitude 6.0 a été enregistré près de Noda, au Japon, le 1er juillet, et un autre de magnitude 6.9 a eu lieu à l'est de Kuji le 25 juin. Cependant, les données de GeoCables montrent que la latence et l'itinéraire du trafic via Singapour ne sont aucunement liés à ces événements. La cause réside uniquement dans les particularités du routage et de l'infrastructure réseau.
Il convient de noter que le choix de l'itinéraire des données résulte d'une interaction complexe de nombreux facteurs : de l'emplacement physique des câbles aux accords commerciaux entre opérateurs. Et bien que les catastrophes naturelles puissent temporairement perturber les réseaux, dans ce cas, le problème relève de la logistique globale du trafic internet.
De tels exemples soulignent l'importance de surveiller l'infrastructure internet. GeoCables aide non seulement à identifier les problèmes, mais aussi à comprendre comment ils sont liés au monde réel. En fin de compte, ces connaissances peuvent aider les opérateurs à améliorer le routage et les utilisateurs à bénéficier d'un service internet de meilleure qualité.