Détours de données : Singapour au Congo via Londres, impact sur la connectivité

Imaginez: des données envoyées de Singapour (SG) à Kalemie, en République Démocratique du Congo (CD), au lieu de suivre un itinéraire direct de 8212 km, ont effectué un énorme détour en passant par Londres (GB) avant de revenir vers le sud. Le trajet final s'est avéré être 6590 km plus long que l'itinéraire géographiquement optimal, avec une latence de 342 millisecondes, soit presque quatre fois supérieure au minimum théorique de 82 ms, qui serait possible avec une transmission parfaite de la lumière à travers la fibre optique. Ce genre d'anomalies de routage est précisément ce que GeoCables surveille, analyse et explique.
Pourquoi l'itinéraire était-il si complexe ?
Sur le chemin des données, trois réseaux principaux de fournisseurs ont joué un rôle clé: AS36236 NetActuate, Inc à Singapour, AS30844 Liquid Telecommunications Ltd en Afrique du Sud, au Kenya et en Ouganda, ainsi que AS37006 Liquid Telecommunication Rwanda Limited au point d'arrivée, Kalemie (le réseau Liquid étant enregistré au Rwanda). Ces systèmes autonomes représentent des opérateurs régionaux et mondiaux importants. Par exemple, Liquid Telecommunications est un fournisseur de services leader en Afrique, qui développe activement l'infrastructure pour connecter le continent. Cependant, l'absence de connexions directes entre NetActuate et Liquid Telecommunications a pu contraindre les données à passer par Londres, l'un des plus grands points d'échange de trafic intercontinental.
C'est ici que l'économie du transit entre en jeu: pour rendre les itinéraires économiquement viables, les fournisseurs utilisent les points de peering et les systèmes de câbles existants. Londres, en tant que nœud mondial, est devenu un point intermédiaire sur le chemin entre l'Asie et l'Afrique. Même en présence de câbles sous-marins directs entre Singapour et la côte est de l'Afrique, leur utilisation peut être limitée en raison de l'absence d'accords optimisés entre les opérateurs.
Conséquences pratiques pour les utilisateurs
Une latence de 342 ms a un impact significatif sur la qualité des services Internet. Pour les appels vidéo, cela peut se manifester par des retards audio, rendant la communication naturelle difficile. Dans les jeux en ligne, en particulier dans les jeux de tir ou de stratégie en temps réel, un tel temps de réponse peut être critique: les joueurs perdent en réactivité, ce qui peut entraîner des défaites. Dans le domaine du trading financier, chaque milliseconde de latence peut entraîner des pertes lors de l'exécution des transactions.
Les services cloud souffrent également. Par exemple, lors de l'utilisation de bases de données distantes ou de bureaux virtuels, chaque opération d'entrée-sortie de données est ralentie. En tenant compte du fait que la latence est de 342 ms dans les deux sens, même une simple copie de fichier ou une mise à jour de données peut prendre beaucoup plus de temps que prévu.
Contexte infrastructurel: pourquoi le trafic prend des « détours »
Le problème de routage est souvent lié à une intégration insuffisante des réseaux régionaux et de l'infrastructure mondiale. En Afrique, malgré le développement actif des câbles sous-marins tels que SEACOM et EASSy, qui relient la côte est à l'Asie, leur utilisation est limitée par la coopération entre les fournisseurs. Londres reste un point clé d'échange de trafic, ce qui entraîne ces « détours » via l'Europe.
Singapour, en tant que l'un des plus grands hubs Internet en Asie, dépend également des grandes réseaux de transit pour accéder à d'autres régions. Dans ce cas, NetActuate, n'ayant pas de connexion directe avec Liquid Telecommunications, a acheminé le trafic via Londres. Cette décision est motivée par des raisons techniques et économiques, mais elle a allongé le trajet des données.
Événements réels à proximité de l'itinéraire
Quelques semaines avant la mesure de l'itinéraire, GeoCables a enregistré une série de tremblements de terre dans la région de l'Indonésie, près de Singapour. Par exemple, le 8 juin 2026, un séisme de magnitude 4,9 s'est produit à 20 km au nord-nord-est de Padang, à environ 443 km de Singapour. Bien que de tels phénomènes naturels puissent affecter les câbles sous-marins, nos données montrent clairement que la cause du détour réside dans le routage et non dans des dommages liés à ces événements.
De plus, les séismes près de Padang et d'autres points (par exemple, une magnitude de 4,7 à 80 km à l'ouest-sud-ouest de Padang le 21 juin ou une magnitude de 4,5 à 143 km à l'ouest de Pariaman le 18 juillet) ajoutent simplement du contexte au tableau complexe de l'infrastructure régionale. Cependant, dans ce cas, leur influence sur le routage n'a pas été constatée.
GeoCables continue d'explorer de tels cas pour mettre en lumière les problèmes cachés du réseau mondial. Les anomalies comme celle-ci montrent à quel point les itinéraires des données sur Internet sont complexes et dépendent de nombreux facteurs. Nous ne nous contentons pas de surveiller les itinéraires, nous dévoilons leur histoire.