Pourquoi internet
est-il plus lent que la lumière ?
La lumière voyage à 300 000 km/s. Londres–Tokyo c'est ~18 000 km. Les maths disent 60ms. La réalité dit 150ms. Voici pourquoi.
Qu'est-ce que la latence ?
La latence est le temps qu'il faut à un paquet de données pour voyager d'un point à un autre. En réseau, on mesure presque toujours le Round-Trip Time (RTT) — le temps pour qu'un paquet parte de votre ordinateur, atteigne une destination et revienne. La commande "ping" mesure précisément le RTT.
La latence se mesure en millisecondes (ms). Pour référence : le temps de réaction humain est d'environ 200ms ; un clignement d'œil dure 300–400ms. Une latence de 1ms paraît instantanée. À 100ms, les applications interactives semblent lentes. Au-delà de 300ms, les appels vidéo deviennent inconfortables.
Le RTT est approximativement le double de la latence aller simple — mais pas exactement. Le chemin retour peut être physiquement différent, traverser d'autres routeurs et subir des délais de file d'attente différents. Pour les connexions géographiquement distantes, le RTT est la métrique pratique.
La vitesse de la lumière (et pourquoi la fibre est plus lente)
La lumière dans le vide se propage à 299 792 km/s. Mais le trafic internet ne voyage pas dans le vide — il voyage dans de la fibre de verre. La lumière dans un câble à fibre optique se déplace à environ 2/3 de la vitesse dans le vide, soit ~200 000 km/s. C'est l'effet de l'indice de réfraction.
Cela signifie que la latence minimale théorique pour toute connexion fibre est d'environ 5 microsecondes par kilomètre, soit 5ms par 1 000 km. Un câble Londres–New York de ~6 500 km a un plancher théorique d'environ 32ms RTT. En pratique, le RTT mesuré est de 70–80ms.
| Route | Distance câble | Min théorique | RTT réel typique |
|---|---|---|---|
| Londres → New York | ~6 600 km | ~33ms | 70–80ms |
| Los Angeles → Tokyo | ~9 600 km | ~48ms | 100–115ms |
| Londres → Singapour | ~21 000 km | ~105ms | 160–180ms |
| New York → Sydney | ~16 000 km | ~80ms | 170–200ms |
| Francfort → Mumbai | ~11 000 km | ~55ms | 110–130ms |
Pourquoi la latence réelle est toujours plus élevée
L'écart entre la latence théorique et réelle provient de plusieurs facteurs cumulatifs :
Le câble ne suit jamais une ligne droite
Les câbles sous-marins suivent la topographie du fond océanique, évitent les zones sismiques, relient plusieurs points d'atterrissage et sont souvent posés en arcs. La longueur réelle du câble est typiquement 15–40% supérieure à la distance en ligne droite.
Les segments terrestres ajoutent de la distance
Les données ne vont pas directement de votre ordinateur au câble sous-marin. Elles traversent des réseaux locaux, des points d'agrégation régionaux et de la fibre métropolitaine — souvent des centaines de kilomètres — avant d'atteindre une station d'atterrissage.
Routage via des nœuds intermédiaires
Le routage BGP ne choisit pas toujours le chemin physique le plus court. Le trafic entre Francfort et Singapour peut passer par Londres, New York ou même Los Angeles selon les accords de peering, la congestion et les contrats d'opérateurs.
Délais de file d'attente et de traitement
Chaque routeur introduit un délai — typiquement 0,1–1ms. Avec 20–40 sauts entre continents, cela s'accumule. Les routeurs congestionnés mettent les paquets en file d'attente, ajoutant un délai variable.
Surcharge des protocoles
La poignée de main TCP et les accusés de réception ajoutent des allers-retours. Le chiffrement TLS pour HTTPS nécessite 1–2 RTT supplémentaires. Les CDN et le routage anycast existent précisément pour réduire ces latences au niveau applicatif.
Comment les câbles sous-marins affectent la latence
Les câbles sous-marins sont les segments les plus longs de tout chemin internet. Un câble comme SEA-ME-WE-5 de 20 000 km contribue à lui seul ~100ms de délai de propagation. Le choix du câble transportant votre trafic a une importance significative.
C'est pourquoi les pannes de câbles sont si impactantes : quand un câble majeur est endommagé (par les ancres de navires, les séismes ou les chaluts — causes les plus fréquentes), le trafic se rerouте via des câbles alternatifs beaucoup plus longs, ou par satellite avec 600–800ms de latence.
La capacité compte aussi. Bien que les câbles modernes transportent des térabits par seconde, aux heures de pointe, la congestion peut ajouter des dizaines de millisecondes de délai de file d'attente — visible dans les mesures RTT en temps réel de GeoCables.
Mesurer la latence avec RIPE Atlas
GeoCables utilise RIPE Atlas — un réseau mondial de 10 000+ sondes matérielles — pour mesurer le RTT réel et vérifier quels câbles sous-marins transportent le trafic. Les sondes effectuent des traceroutes et des pings en continu.
En comparant le RTT mesuré au minimum théorique (basé sur la distance câble), GeoCables détecte les anomalies : une hausse soudaine du RTT sur un corridor câble indique souvent une dégradation des performances ou un reroutage via un chemin plus long.
L'avenir : la latence va-t-elle s'améliorer ?
La fibre à cœur creux, en essais commerciaux, guide la lumière dans l'air plutôt que le verre — réduisant le délai à 99,7% de la vitesse dans le vide. Cela pourrait réduire la latence transocéanique de ~30%.
Les constellations de satellites en orbite basse (LEO) comme Starlink offrent ~20–40ms pour les courtes distances, mais ne peuvent toujours pas concurrencer la fibre pour les longues liaisons intercontinentales.
Pour la plupart des routes intercontinentales, les câbles sous-marins resteront l'option à plus faible latence pour un avenir prévisible. Le facteur limitant n'est pas la technologie — c'est la physique.
Calculez la latence de votre route
Utilisez GeoCables pour trouver la distance câble réelle et le RTT estimé entre deux villes, vérifié par les mesures RIPE Atlas.
Ouvrir le calculateur →