Pourquoi le trafic Internet de Jérusalem à Tokyo passe par Londres

Lorsqu'un utilisateur de Jérusalem, Israël, envoie une requête à un serveur situé à Tokyo, Japon, il s'attend à ce que le paquet de données parcoure la distance minimale possible, soit 8 899 km, selon la ligne géodésique directe. Cependant, les mesures de GeoCables montrent que l'itinéraire dévie de 3 555 km par rapport à cette ligne, atteignant Londres, Royaume-Uni, avant de repartir vers le Japon. Ce détour circulaire augmente le temps de réponse (RTT) à 1 937 ms, soit 22 fois la latence minimale théorique de 89 ms, si le signal suivait une trajectoire directe.
Pourquoi l'itinéraire passe-t-il par Londres ?
La principale raison de cette déviation réside dans les caractéristiques de routage du réseau mondial. Le paquet de données traverse plusieurs systèmes autonomes (AS), chacun appartenant à des opérateurs de transit majeurs ou à des fournisseurs locaux. Sur le trajet de Jérusalem à Tokyo, les réseaux suivants sont impliqués :
- AS51825 TELZAR-ASN (Telzar 019 International Telecommunications Services LTD, IL) : un opérateur local en Israël qui transmet le trafic à des partenaires de transit internationaux.
- AS201011 CORE-BACKBONE (Core-Backbone GmbH, DE) : un opérateur de transit allemand qui assure la connexion avec les nœuds européens.
- AS6461 Zayo Bandwidth (ZAYO-6461, US) : l'un des plus grands opérateurs de transit mondiaux, spécialisé dans les autoroutes à haut débit.
- AS20940 AKAMAI-ASN1 (Akamai International B.V., NL) : un réseau de distribution de contenu (CDN) optimisant l'accès aux serveurs dans différentes régions.
L'itinéraire passant par Londres est dû à l'absence de points de peering directs entre Israël et le Japon, ainsi qu'à des considérations économiques des opérateurs de transit. Londres est un point clé de l'Internet mondial, où de nombreux opérateurs échangent du trafic. Le trafic de la région est souvent acheminé via des nœuds européens, même lorsque la destination finale se trouve en Asie.
Conséquences pratiques pour les utilisateurs
Une latence de 1 937 ms peut avoir un impact significatif sur la qualité des services Internet :
- Appels vidéo : une latence supérieure à 300-400 ms entraîne des pauses perceptibles et une synchronisation dégradée entre le son et l'image. Dans ce cas, les utilisateurs feront face à un « écho » constant et à des difficultés de communication.
- Jeux en ligne : pour la plupart des jeux, en particulier les jeux de tir et les jeux de stratégie en temps réel, une latence supérieure à 100 ms rend le gameplay pratiquement impossible. Un RTT de 1 937 ms élimine toute chance de jeu compétitif.
- Services cloud : travailler avec des applications cloud, telles que Google Drive ou Microsoft Teams, devient lent, rendant le téléchargement et l'édition de fichiers extrêmement inconfortables.
- Transactions financières : pour les traders et les opérations financières, une latence de ce niveau signifie une perte de temps et d'opportunités potentielles, en particulier dans le domaine du trading haute fréquence.
Contexte infrastructurel : pourquoi le trafic de la région est-il « dévié » ?
Un facteur important est la position géographique d'Israël, qui le rend dépendant des câbles sous-marins internationaux passant par la mer Méditerranée et l'Europe. Bien qu'il existe des itinéraires via l'Asie, ils sont moins développés, ce qui entraîne une dépendance économique vis-à-vis des nœuds de transit européens. Dans ce cas, le trafic est d'abord acheminé vers Londres avant de revenir au Japon, car cela est économiquement plus avantageux pour les opérateurs.
De plus, l'absence de grands nœuds de peering entre les pays du Moyen-Orient et de l'Asie de l'Est renforce la nécessité d'utiliser les centres d'échange européens.
Événements réels à proximité de l'itinéraire
Pour une compréhension complète du contexte, il est important de noter les récents événements naturels enregistrés par GeoCables à proximité de l'itinéraire :
- Un séisme de magnitude 5 à 36 km au nord-est de Suez, Égypte, le 03/08/2026 (~288 km de l'itinéraire).
- Une inondation en Turquie (niveau vert) le 14/10/2026 (~534 km de l'itinéraire).
- Une inondation à Chypre (niveau vert) le 20/09/2026 (~338 km de l'itinéraire).
- Une inondation au Liban (niveau vert) le 31/08/2026 (~279 km de l'itinéraire).
- Un séisme de magnitude 6,8 au Japon, près de Uto, le 28/07/2026 (~496 km de l'itinéraire).
Cependant, les données de GeoCables montrent clairement que la cause de la latence n'est pas liée à ces événements. Le facteur principal reste le routage et l'économie du transit, et non des catastrophes externes.