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Analyse de route

Pourquoi les pays enclavés ont un Internet lent

Pourquoi les pays enclavés ont une connexion Internet médiocre : la physique de la connectivité

Basé sur des mesures réelles du issues de l’infrastructure de surveillance GeoCables, mars 2026 Kazakhstan, Biélorussie, Bolivie, Éthiopie, Afghanistan, Suisse. Ces pays partagent une caractéristique qui influence profondément leur connectivité Internet : ils n’ont pas de littoral. Dans un monde où 95 % du trafic Internet international transite par des câbles sous-marins posés au fond des océans, être enclavé signifie dépendre entièrement de ses voisins pour accéder à Internet international. Les conséquences sont clairement visibles dans nos données de mesure.

Le problème fondamental

Les câbles sous-marins arrivent sur les côtes. Les pays enclavés ne peuvent pas se connecter directement aux câbles sous-marins — ils doivent faire transiter leur trafic international par un ou plusieurs voisins côtiers, ce qui ajoute des tronçons de fibre terrestre, des sauts de routage supplémentaires et souvent des tarifs monopolistiques pour le transit. La physique est simple :
  • La lumière dans la fibre circule à environ 200 000 km/s
  • Chaque 1 000 km de distance terrestre ajoute environ 5 ms de latence
  • Chaque passage de réseau (point de peering) ajoute un délai de traitement de 1 à 5 ms
  • Plus d’opérateurs de transit = plus de coûts = souvent moins de bande passante disponible

Pour un pays enclavé d’Asie centrale, cela signifie un routage via la Russie, la Chine ou plusieurs voisins d’Asie centrale avant d’atteindre un câble sous-marin — ajoutant entre 20 et 80 ms avant même que le paquet international n’atteigne l’océan.

Kazakhstan : notre principal point de données

Notre sonde à Almaty, Kazakhstan, donne l’image la plus claire des défis de connectivité des pays enclavés. Le Kazakhstan est entouré par la Russie, la Chine, le Kirghizistan, l’Ouzbékistan, le Turkménistan, ainsi que par la mer Caspienne enclavée — sans aucun accès à l’océan.

Kazakhstan → Indonésie (334 ms) :
Notre itinéraire le plus mesuré depuis le Kazakhstan illustre la pénalité caractéristique des pays enclavés. Le traceroute d’Almaty passe par : Almaty → Astana (KZ) → Londres (RETN, AS9002, 44 ms) → Francfort (NTT, 85 ms) → Paris → Ashburn → San Jose → Osaka → Indonésie.
Le paquet va d’abord à Londres avant de se diriger vers l’est jusqu’en Asie — partant vers l’ouest pour atteindre un pays situé à l’est du Kazakhstan. C’est le paradoxe du routage des pays enclavés : les câbles sous-marins les plus proches sont en Chine ou dans le golfe Persique, mais le routage BGP envoie d’abord le trafic vers des hubs européens car c’est là que se trouvent les accords de peering.

Kazakhstan → Japon (344 ms) :
Chemin similaire — vers l’ouest jusqu’à Londres, puis NTT à travers l’Atlantique et le Pacifique. Minimum théorique via une route directe d’Asie centrale : environ 120 ms. Réel : 344 ms. Facteur d’augmentation : 2,9×.

Kazakhstan → Fidji (408 ms) :
Notre mesure à la latence la plus élevée pour le Kazakhstan. Le paquet traverse le globe entier : Almaty → Londres → <a href="/location/sydney-nsw-australia">Sydney</a> → Suva. La distance directe Kazakhstan-Fidji est de 10 500 km à vol d’oiseau — le paquet voyage en réalité environ 32 000 km.

Biélorussie : le cas européen enclavé

La Biélorussie présente une variante différente du problème des pays enclavés. Géographiquement en Europe de l’Est, entourée par la Russie, l’Ukraine, la Pologne, la Lituanie et la Lettonie — elle n’a pas de littoral mais est bordée par des pays avec un bon accès aux câbles sous-marins.

Biélorussie → Corée du Sud (200 ms) :
Notre itinéraire le plus rapide à longue distance depuis la Biélorussie passe par le nord jusqu’à Tallinn (Estonie, avec accès à la mer Baltique), puis vers l’ouest jusqu’à Francfort, puis NTT à travers l’Atlantique et le Pacifique. Tallinn — ville côtière — est le premier point où le trafic biélorusse rejoint un réseau avec accès à un câble sous-marin.

Biélorussie → Chine (181 ms) :
Surprenamment efficace — Minsk → Francfort → Guangzhou via le backbone trans-eurasien de China Unicom. Cela fonctionne parce que la route en fibre terrestre à travers la Russie est compétitive avec les alternatives sous-marines pour cette paire de villes spécifique.

Biélorussie → Nouvelle-Zélande (311 ms) :
Après Moscou (48 ms), le saut visible suivant est Auckland (311 ms) — 263 ms correspondent à un trajet invisible sur câble sous-marin. La Biélorussie dépend entièrement de la fibre russe pour atteindre le Pacifique.

Le problème de la dépendance au transit

Au-delà de la latence, les pays enclavés font face à un problème économique structurel : la dépendance au transit. Un pays côtier peut se connecter directement à plusieurs opérateurs de câbles sous-marins, créant une concurrence qui fait baisser les coûts de la bande passante. Un pays enclavé doit acheter du transit auprès des pays voisins, ce qui signifie souvent : Risque de fournisseur unique : Si le pays de transit ne dispose que d’un ou deux fournisseurs internationaux de câble, le pays enclavé hérite de ce manque de concurrence. Le trafic international du Kazakhstan passe principalement par des réseaux russes (TransTeleCom, Rostelecom) — donnant aux opérateurs russes un levier important sur l’économie Internet d’Asie centrale. Exposition géopolitique : Lorsque la Russie a limité le trafic Internet en réponse aux sanctions, les pays d’Asie centrale ont vu leur connectivité internationale affectée par des décisions prises à Moscou. Les pays enclavés ne peuvent pas facilement construire des routes alternatives sans la coopération de plusieurs pays de transit. Tarification : La bande passante de transit coûte généralement 2 à 5 fois plus cher que l’accès direct au câble sous-marin. Ce coût est répercuté sur les utilisateurs finaux sous forme de prix Internet au détail plus élevés.

Les <a href="/cable/sol">solutions</a> tentées

Fibre trans-caspienne : Le Kazakhstan et d’autres pays d’Asie centrale ont investi dans des câbles en fibre à travers la mer Caspienne jusqu’à l’Azerbaïdjan, qui a un accès à la mer Caspienne et à la mer Noire, se connectant aux réseaux européens via la Géorgie et la Turquie. Cela réduit la dépendance au transit russe mais ajoute l’Azerbaïdjan comme nouveau pays de transit. La Chine comme transit alternatif : La composante digitale de l’initiative Belt and Road a apporté des investissements chinois en fibre en Asie centrale. Nos mesures confirment l’efficacité de cette solution — Biélorussie → Chine via Francfort en 181 ms, avec un peering direct de China Unicom en Europe. Mais cela remplace la dépendance russe par une dépendance chinoise. Satellite : Starlink et d’autres services par satellites LEO deviennent de plus en plus viables pour les pays enclavés comme complément à la fibre terrestre. La latence est plus élevée (~20-40 ms) que la fibre pour les routes régionales, mais ils offrent une indépendance vis-à-vis du transit terrestre.

Pays enclavés vs îles : l’autre extrême

Ironiquement, les nations insulaires font face à un problème miroir. Alors que les pays enclavés peuvent construire de la fibre terrestre à moindre coût mais manquent d’accès aux câbles sous-marins, les îles dépendent complètement des câbles sous-marins — souvent un ou deux seulement — sans alternative terrestre. Tonga, les Maldives et de nombreuses nations insulaires du Pacifique ont connu des coupures complètes d’Internet international lorsque leur unique câble sous-marin a été endommagé. Les pays enclavés peuvent au moins atteindre plusieurs voisins par fibre terrestre ; les îles n’ont pas cette option.

Ce que les données nous apprennent

À travers notre base de données de mesures, la pénalité liée au fait d’être enclavé est constante et mesurable :
PaysMeilleur RTT mesuréMinimum théoriqueSurcharge
Kazakhstan (Almaty)181 ms (vers Chine)~90 ms2,0×
Biélorussie (Minsk)181 ms (vers Chine)~95 ms1,9×
Kazakhstan (vers Japon)344 ms~120 ms2,9×
Biélorussie (vers Japon)273 ms~100 ms2,7×

Les pays côtiers à distances similaires des mêmes destinations atteignent généralement une surcharge de 1,3 à 1,6× — contre 2,0 à 3,0× pour les pays enclavés.
Cet écart représente un coût économique réel : services cloud plus lents, qualité inférieure des appels vidéo, latence plus élevée pour les transactions financières, et compétitivité réduite des entreprises numériques comparé à leurs homologues côtiers.

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Voir notre analyse complète du routage pour les pays enclavés : Kazakhstan → Indonésie → · Biélorussie → Japon → · Biélorussie → Corée →

Evgeny K.
Auteur
Evgeny K.
Ingénieur infrastructure · Fondateur de GeoCables
A créé GeoCables pour surveiller les câbles sous-marins en temps réel. Exploite un réseau privé de 4 serveurs de mesure avec des sondes RIPE Atlas à Minsk, Almaty, Tbilissi et Jérusalem.

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