De la Géorgie à Fidji : comment une île du Pacifique obtient son Internet via Londres
Basé sur des mesures réelles du issues de l’infrastructure de surveillance GeoCables, mars 2026
À
370 ms, le trajet de Tbilissi, Géorgie, à Suva, Fidji, est l’un des itinéraires géographiquement les plus extrêmes de notre base de données de mesures. Fidji se situe au milieu du Pacifique Sud — aussi loin de l’Europe et de l’Asie centrale qu’il est possible sur cette planète. Pourtant, le traceroute révèle un chemin qui va vers l’ouest avant d’aller vers l’est, passant par Londres avant d’arriver à <a href="/location/sydney-nsw-australia">Sydney</a> puis enfin Suva.
Le Traceroute
| Saut | Localisation | Réseau | RTT |
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| 1–6 | Tbilissi, GE | JSC Global Erty (AS34666) | 26 ms |
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| 7 | Sofia, BG | Level 3 (AS3356) | 25 ms |
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| 9 | Londres, GB | Level 3 (AS3356) | 333 ms |
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| 10 | Sydney, AU | AARNet (AS7575) | 365 ms |
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| 11 | Adélaïde, AU | AARNet (AS7575) | 371 ms |
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| 12 | Suva, FJ | University of the South Pacific (AS24390) | 370 ms |
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Le saut le plus spectaculaire : de Sofia (25 ms) à Londres (333 ms) — un bond de 308 ms traversant l’Atlantique et le Pacifique en un seul saut BGP. Cela correspond au routage du trafic vers Fidji par le backbone de Level 3 via son hub au Royaume-Uni avant de le transférer à AARNet, le réseau académique australien.
Pourquoi le trafic fidjien passe-t-il par Londres ?
La connectivité internet de Fidji est dominée par deux câbles :
Southern Cross (connectant Fidji à l’Australie, à la Nouvelle-Zélande et à la côte ouest des États-Unis) et
Tui (domestique). Le fournisseur d’accès local est l’
University of the South Pacific (AS24390) — le principal réseau académique fidjien, qui fait du peering avec AARNet à Sydney.
Level 3 (aujourd’hui Lumen Technologies) route tout le trafic vers l’Océanie via son PoP de Londres car c’est là que sont concentrés ses accords de peering avec AARNet. Au lieu de passer par Tbilissi → Moyen-Orient → Inde → Singapour → Australie, le paquet emprunte ce trajet contre-intuitif vers l’ouest à travers l’Europe.
Trois réseaux, un parcours
Étape 1 — Caucase vers l’Europe : JSC Global Erty transporte le trafic de Tbilissi jusqu’à Sofia, où il rejoint le backbone mondial de Level 3. Un RTT de 26 ms pour environ 2 000 km est cohérent avec la fibre terrestre via la Turquie ou la mer Noire.
Étape 2 — Londres à Sydney : Le saut de 308 ms entre Sofia et Londres masque un parcours gigantesque. Le backbone de Level 3 le fait transiter par un câble transatlantique vers New York, puis transpacifique vers Sydney — soit environ 25 000 km de câble sous-marin. AARNet (Australian Academic and Research Network) prend le relais à Sydney.
Étape 3 — Sydney à Suva : AARNet transporte le paquet de Sydney à Adélaïde, puis à travers la mer de Corail jusqu’à Fidji via le
Southern Cross Cable Network, qui a un point d’atterrissage à Suva. Distance totale sous-marine : environ 3 200 km.
Le dernier kilomètre : le réseau universitaire
Il convient de noter que la destination — AS24390, University of the South Pacific — est la principale passerelle internet académique de Fidji. L’Université du Pacifique Sud dessert 12 nations insulaires du Pacifique et sert de colonne vertébrale internet principale pour une grande partie de la connectivité institutionnelle de Fidji.
À quoi ressemblerait un itinéraire optimal
Un trajet géographiquement optimal irait vers l’est depuis la Géorgie :
- Tbilissi → Istanbul → Moyen-Orient → Singapour via les câbles AAE-1 ou SEA-ME-WE : ~100 ms
- Singapour → Sydney via SEA-ME-WE ou câbles directs du Pacifique : ~80 ms
- Sydney → Suva via Southern Cross : ~35 ms
- Total théorique : ~215 ms — 40 % plus rapide que les 370 ms actuels
État de la surveillance
- RTT actuel : 370 ms | Itinéraire : Tbilissi → Sofia → Londres → Sydney → Adélaïde → Suva
- Opérateurs clés : Level 3 → AARNet → University of the South Pacific
- Réseau final : AS24390 (passerelle académique pour 12 nations insulaires du Pacifique)