Pourquoi le trafic Internet fait un détour : Kazakhstan-Samoa via Atlanta

Lorsqu'un signal numérique est envoyé d'Almaty à Samoa, il pourrait théoriquement parcourir 12 776 kilomètres en ligne droite via des câbles sous-marins et des dorsales terrestres, atteignant le destinataire presque instantanément. Cependant, la réalité du routage des paquets internet est souvent loin d'être idéale. GeoCables a enregistré un cas inhabituel : le trafic non seulement a évité une route directe, mais a également dévié de 10 620 kilomètres par rapport à la trajectoire la plus courte, atteignant Atlanta, aux États-Unis, avant de revenir à Samoa. En conséquence, le temps de livraison des paquets (RTT) s'est élevé à 457 millisecondes, soit près de quatre fois le minimum théorique de 128 millisecondes.
Pourquoi l'itinéraire était-il si complexe ?
Les principaux opérateurs de transit ont joué un rôle clé dans ce parcours : Arelion (anciennement Telia Carrier), Signal Telecom et Vodafone Samoa. Arelion, l'un des plus grands fournisseurs mondiaux, facilite le transit du trafic via ses points de présence dans des villes clés comme Paris et Atlanta. Signal Telecom opère en tant que fournisseur local à Almaty, tandis que Vodafone Samoa assure la livraison finale du trafic à Samoa.
La raison de cet itinéraire complexe réside dans l'économie du peering et du transit. Les connexions directes entre le Kazakhstan et Samoa sont inexistantes, obligeant le trafic à passer par des points d'échange de données majeurs en Europe et en Amérique du Nord. Paris et Atlanta sont des hubs critiques où les fournisseurs échangent des données, minimisant les coûts des connexions directes entre des régions géographiquement éloignées. Cependant, cette approche augmente le temps de parcours des paquets, en particulier pour les utilisateurs dans des zones éloignées.
Implications pratiques pour les utilisateurs
Pour les utilisateurs finaux, de tels retards peuvent être critiques. Par exemple, lors d'appels vidéo, un délai de 457 millisecondes peut provoquer des pauses perceptibles et dégrader la qualité des appels. Dans les jeux en ligne, où chaque milliseconde compte, un ping élevé entraîne des "lags", rendant l'expérience de jeu insatisfaisante. Dans le trading à haute fréquence, où la vitesse de traitement des données détermine le succès des transactions, de tels délais peuvent être inacceptables. Même les services cloud, tels que le stockage de données ou le travail avec des applications à distance, deviennent moins pratiques en raison des temps de réponse lents.
Ces retards soulignent l'importance d'optimiser les itinéraires de routage et d'étendre les infrastructures pour garantir une transmission des données plus fluide et plus rapide. Alors que de plus en plus d'utilisateurs dépendent des services numériques pour le travail, l'éducation et le divertissement, la demande pour des réseaux à faible latence continue de croître. Relever ces défis nécessite une collaboration entre les gouvernements, les entreprises privées et les organisations internationales pour construire des connexions plus directes et efficaces.
Raisons infrastructurelles : pourquoi le trafic "prend-il le mauvais chemin" ?
La situation de routage entre le Kazakhstan et Samoa met en lumière l'importance de l'infrastructure mondiale de transmission des données. Les principaux points d'échange de trafic et les câbles sous-marins ont historiquement été concentrés en Amérique du Nord et en Europe. Cela crée des dépendances pour les pays situés loin de ces centres, obligeant le trafic à emprunter des itinéraires longs, parfois illogiques.
Dans ce cas, l'absence de connexions directes par câble entre l'Asie centrale et l'Océanie contraint les données à passer par l'Europe et les États-Unis. Par exemple, les câbles d'Arelion reliant Paris et Atlanta offrent une grande capacité, mais leur utilisation augmente la distance et la latence. Une situation similaire est observée dans d'autres régions où l'infrastructure locale est sous-développée. L'absence de hubs régionaux en Asie centrale et en Océanie aggrave le problème, laissant les utilisateurs de ces zones dépendants de points d'échange éloignés pour leur trafic internet.
Les efforts pour relever ces défis incluent la construction de nouveaux câbles sous-marins et de réseaux de fibres terrestres. Les projets visant à relier directement les régions mal desservies aux hubs mondiaux peuvent réduire considérablement la latence et améliorer la qualité des services internet. Par exemple, des initiatives pour connecter l'Asie centrale à l'Asie du Sud-Est ou à l'Océanie via de nouvelles routes pourraient atténuer la dépendance aux voies transatlantiques et transpacifiques.
Événements réels : séismes et leur impact
Fait intéressant, plusieurs séismes se sont récemment produits près de l'itinéraire emprunté par le trafic. GeoCables a enregistré des secousses de magnitudes comprises entre 4,6 et 5,1 au Kirghizistan, au Tadjikistan et en Chine. Par exemple, un séisme de magnitude 5,1 s'est produit le 3 juin 2026, à 76 kilomètres au sud de Daroot-Korgon, au Kirghizistan, à seulement 623 kilomètres d'Almaty. Cependant, nos données montrent que ces événements ne sont pas liés au détour observé. La raison de cette déviation réside uniquement dans les spécificités du routage et l'absence de connexions directes.
Néanmoins, de tels événements illustrent la fragilité de l'infrastructure dans la région. En cas de dommages aux câbles ou de pannes d'électricité causées par des catastrophes naturelles, la situation de routage pourrait devenir encore plus complexe. GeoCables surveille en permanence l'activité sismique et son impact potentiel sur les systèmes de câbles sous-marins et terrestres. Des mesures proactives, telles que la construction de chemins redondants et le renforcement des infrastructures critiques, sont essentielles pour garantir la résilience des réseaux dans les régions sujettes aux catastrophes naturelles.
Conclusion
Ce cas est un exemple frappant de l'impact de l'infrastructure internet mondiale sur l'expérience quotidienne des utilisateurs. GeoCables continue de surveiller et d'analyser les itinéraires de transmission des données, en mettant l'accent sur l'importance d'optimiser le peering et d'étendre les connexions directes entre les régions. Ce n'est qu'en procédant ainsi que les retards pourront être réduits et l'accès aux services numériques amélioré pour tous les utilisateurs, quel que soit leur emplacement géographique.
Le développement de nouvelles infrastructures, combiné à des partenariats stratégiques entre opérateurs, peut contribuer à réduire la fracture numérique et à créer un monde plus interconnecté. En relevant les défis des inefficacités de routage, la communauté mondiale peut garantir que même les régions les plus éloignées bénéficient d'un accès internet rapide, fiable et abordable.