Détour de données : Almaty à Saipan via Moscou, 3104 km d'écart

Lorsque le trafic Internet depuis Almaty, Kazakhstan, est dirigé vers Sugar Dock sur l'île de Saipan en Micronésie, il semble logique de s'attendre à ce qu'il emprunte la route la plus courte via des dorsales en fibre optique. Cependant, la réalité, telle qu'enregistrée par GeoCables le 15 septembre 2026, s'est avérée bien plus complexe : les données ont d'abord transité par Moscou, déviant de 3 104 км par rapport à une ligne droite, avant d'atteindre leur destination finale.
Pourquoi l'itinéraire était-il si compliqué ?
Pour commencer, examinons les fournisseurs de réseau par lesquels le trafic est passé : Signal Telecom LLP (Kazakhstan), JSC Kazakhtelecom (Russie) et PTI Pacifica Inc. The Micronesian Telecommunications Corporation (Micronésie). Ces entreprises représentent des systèmes autonomes (AS) qui facilitent le transport des données via leurs dorsales. Cependant, il n'existe aucun accord de peering direct ni de câbles dorsaux reliant le Kazakhstan et la Micronésie. En conséquence, l'itinéraire a été contraint de transiter par Moscou, où Kazakhtelecom dispose de points de présence majeurs et de peering avec d'autres opérateurs mondiaux.
Ce schéma de routage peut s'expliquer par une logique économique : les fournisseurs choisissent des itinéraires via des dorsales offrant les coûts de transmission de données les plus bas. Moscou, en tant que grand hub de télécommunications, sert de point de transit en raison de son niveau élevé de peering avec des opérateurs internationaux. Cependant, cela allonge le chemin et augmente la latence, ce qui devient particulièrement perceptible lorsqu'on le compare au minimum théorique : au lieu de 72 мс (la latence de la lumière dans la fibre sur une distance directe), le RTT réel était de 434 мс, soit près de six fois plus élevé.
Conséquences pratiques pour les utilisateurs
Une telle latence peut avoir un impact significatif sur les performances de nombreux services numériques. Par exemple, dans les appels vidéo en temps réel, un délai de 434 мс peut entraîner des coupures de connexion ou une désynchronisation entre l'audio et la vidéo. Les jeux en ligne, où chaque milliseconde compte, souffriraient également : les joueurs ressentiraient des ralentissements, rendant le jeu pratiquement impossible. Dans le secteur financier, où la rapidité est cruciale, les retards pourraient entraîner des transactions manquées, en particulier sur des marchés très volatils. Les services cloud, tels que les bureaux à distance ou le traitement de données, deviendraient également moins efficaces, réduisant la productivité des utilisateurs.
Causes liées à l'infrastructure de ce détour
La raison principale de ce routage est l'absence de connexions directes par câble entre l'Asie centrale et la Micronésie. Dans la région d'Almaty, le principal point de présence est Signal Telecom LLP, qui transfère les données à Kazakhtelecom. Ce dernier dispose d'une forte présence à Moscou, où il se connecte avec des opérateurs internationaux. De là, les données transitent par des dorsales mondiales jusqu'à la région du Pacifique, se connectant à PTI Pacifica Inc. à Saipan.
Dans le contexte de cet itinéraire, il convient de mentionner les récents événements géologiques dans la région, qui, selon les données de GeoCables, n'ont pas affecté le routage mais ajoutent du contexte à l'ensemble de la situation. Par exemple, des séismes de magnitude 5,1 au Kirghizistan (76 км au sud de Daroot-Korgon) et de 5,0 près de Chayek ont eu lieu respectivement en juin et en août. Cependant, ces événements étaient situés à des centaines de kilomètres de l'itinéraire. Ils n'ont pas eu d'impact sur l'infrastructure physique des câbles et n'ont pas été la cause du détour.
Que peut-on faire ?
Pour résoudre ces problèmes, des investissements dans des câbles sous-marins directs reliant l'Asie centrale à la région du Pacifique ou l'expansion des accords de peering entre fournisseurs locaux et internationaux sont nécessaires. Ces mesures permettraient de réduire la latence, d'améliorer la qualité des connexions et de diminuer les coûts de transit.
GeoCables continue de surveiller les routes mondiales, identifiant les goulets d'étranglement et proposant des moyens de les optimiser. Chaque itinéraire détourné est un défi qui peut être résolu grâce au développement des infrastructures et à une meilleure collaboration entre réseaux.