Pourquoi les données Internet empruntent un détour : Cas du Kazakhstan à l'Indonésie

Lorsqu'un paquet Internet en provenance d'Almaty, Kazakhstan, tente d'atteindre un site situé à Java Est, Indonésie, le chemin qu'il emprunte s'avère bien plus complexe que prévu. Au lieu de suivre une ligne droite sur une distance d'environ 6679 km, les données parcourent 5592 km supplémentaires, atteignant Londres, Royaume-Uni, avant de revenir à leur destination finale. Ce trajet circulaire entraîne une latence de 371 millisecondes (RTT), soit plus de six fois le minimum physique de 67 millisecondes qui serait possible avec une connexion optique idéale.
Pourquoi le paquet parcourt-il une telle distance ?
La principale raison de ce trajet si long réside dans l'infrastructure complexe d'interconnexion (peering) et l'économie de transit des réseaux. Selon GeoCables, le trafic passe par des fournisseurs de transit clés : JSC Transtelecom (AS41798) au Kazakhstan, KVANT-TELECOM (AS43727) et MegaFon (AS31133) en Russie, ainsi que CTGNet (AS23764) au Royaume-Uni. Chacun de ces points joue un rôle dans le routage des données, mais l'absence de connexions directes entre les réseaux ou les avantages économiques liés à l'utilisation de grands opérateurs de transit conduit souvent à de tels détours prolongés.
Par exemple, Moscou et Londres sont des nœuds Internet majeurs dotés de points d'échange de trafic très développés. Les paquets sont souvent dirigés via ces nœuds pour contourner des routes moins optimales ou utiliser des canaux plus fiables. Cependant, cela peut entraîner des latences importantes, en particulier lorsque les points de départ et d'arrivée sont situés dans des régions géographiquement éloignées.
Conséquences pratiques pour les utilisateurs
Cette latence n'est pas simplement un détail technique, elle a des conséquences réelles pour les utilisateurs finaux. Une latence moyenne de 371 millisecondes peut considérablement détériorer la qualité des appels vidéo, provoquant des retards dans les conversations et des interruptions de connexion. Pour les jeux en ligne, cela signifie une augmentation notable du temps de réponse (ping), rendant le gameplay pratiquement impossible pour les jeux multijoueurs nécessitant des interactions rapides. Dans les transactions financières, une telle latence peut entraîner une perte d'avantage concurrentiel, surtout lorsque chaque milliseconde compte.
Les services cloud, tels que le stockage de données ou le calcul à distance, souffrent également. Les utilisateurs peuvent rencontrer des ralentissements dans le téléchargement de fichiers ou l'exécution de tâches, ce qui réduit l'efficacité globale du travail.
Contexte infrastructurel
Le trafic en provenance d'Asie centrale est souvent confronté à des limitations de routage. Le Kazakhstan, par exemple, dispose de connexions directes limitées avec l'Asie du Sud-Est, ce qui oblige les données à transiter par des nœuds européens majeurs tels que Londres. Cela s'explique à la fois par des raisons économiques (tarifs de transit plus avantageux proposés par les grands opérateurs) et par le manque de développement des systèmes de câbles régionaux.
L'Indonésie, étant un archipel, présente également des particularités. Son trafic international atterrit souvent dans des points d'échange majeurs tels que Singapour ou Jakarta avant d'être distribué dans les réseaux internes. Cependant, l'absence de connexion directe entre le Kazakhstan et l'Indonésie via des nœuds plus proches (comme Singapour) conduit à ce que les données soient acheminées par des régions éloignées.
Événements réels près du trajet
Ces derniers mois, des séismes ont été enregistrés à proximité du trajet, notamment un événement de magnitude 5,0 au Kirghizistan, à seulement 186 km d'Almaty, ainsi que des séismes en Chine et au Tadjikistan. Bien qu'ils ajoutent une dimension dramatique au contexte géographique, les données de GeoCables montrent clairement que la raison de ce détour réside uniquement dans le routage, et non dans des catastrophes naturelles. Par exemple, un séisme de magnitude 4,9 en Chine, survenu deux jours avant la mesure du trajet, s'est produit à 422 km de la route empruntée par le paquet et n'a eu aucun impact sur son parcours.
Ce cas illustre parfaitement comment les limitations infrastructurelles et les politiques de routage peuvent influencer le fonctionnement d'Internet, créant des complications inattendues pour les utilisateurs. GeoCables continue de surveiller ces itinéraires, fournissant des données précieuses pour améliorer la connectivité des réseaux mondiaux.