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Coupures de câbles en mer Rouge en 2024 : comment les attaques des Houthis ont rerouté Internet

Coupures de câbles en mer Rouge en 2024 : comment les attaques des Houthis ont rerouté Internet

Analyse fondée sur les données de supervision de GeoCables et sur des rapports publics d’incident, mars 2026 En février et mars 2024, une série de coupures de câbles sous-marins en mer Rouge a provoqué l’une des perturbations de routage internet les plus importantes de ces dernières années. Quatre grands systèmes de câbles — SEA-ME-WE 4, IMEWE, EIG (Europe India Gateway) et FALCON GCX — ont été endommagés simultanément, forçant un reroutage massif du trafic entre l’Europe, le Moyen-Orient et l’Asie. Voici ce qui s’est passé, et ce que montrent nos mesures.

Les câbles qui ont été coupés

La mer Rouge est l’un des goulets d’étranglement les plus critiques de l’infrastructure mondiale des câbles sous-marins. À son point le plus étroit — le détroit de Bab el-Mandeb entre le Yémen et Djibouti — des dizaines de câbles transportant le trafic entre l’Europe et l’Asie passent à quelques kilomètres les uns des autres. En février 2024, alors que les attaques des Houthis contre la navigation commerciale s’intensifiaient, les câbles ont commencé à tomber en panne : SEA-ME-WE 4 (20 000 km, Singapour → France), l’un des câbles les plus anciens et les plus capacitaires du corridor Asie–Europe, dont le segment en mer Rouge a été coupé près du Yémen ; IMEWE (13 000 km, Inde → Europe occidentale), liaison critique pour le trafic d’Asie du Sud vers l’Europe ; EIG (Europe India Gateway) (15 000 km), qui relie le Royaume-Uni à l’Inde via la mer Rouge et transporte un volume important de trafic d’entreprise et financier ; et FALCON GCX, un câble régional du Golfe reliant les États du Golfe entre eux et au réseau international plus large.

L’impact immédiat

Microsoft Azure a confirmé des perturbations à partir du 26 février 2024, en indiquant que « le trafic réseau transitant par le Moyen-Orient pourrait connaître une latence accrue en raison de coupures de fibre sous-marine en mer Rouge ». Les services Azure ont été affectés pour des utilisateurs du Moyen-Orient, d’Asie du Sud et de certaines régions d’Europe. Pakistan Telecommunication Company (PTCL) a signalé une baisse de capacité. Des utilisateurs aux Émirats arabes unis ont constaté des ralentissements vers l’Inde. À Riyad, des pertes de paquets sont apparues sur des routes internationales qui transitaient habituellement par les stations d’atterrissement de Jeddah. L’ampleur du problème : ces quatre câbles transportaient ensemble environ 25 % du trafic entre l’Europe et l’Asie. Leur perte simultanée a créé une forte tension de capacité, forçant les opérateurs à rerouter le trafic vers les câbles restés opérationnels — principalement SEA-ME-WE 5, AAE-1 et des alternatives terrestres via l’Asie centrale.

Ce qui est arrivé à la latence

Le reroutage automatique a fonctionné — mais non sans conséquences. Le trafic qui passait normalement par la mer Rouge a été reporté sur des itinéraires alternatifs plus longs. Route alternative 1 — SEA-ME-WE 5 : le seul grand câble survivant sur le même corridor. Il est rapidement devenu très congestionné. La latence a augmenté de 20 à 40 ms sur de nombreuses routes Asie–Europe, le câble absorbant le trafic de quatre concurrents endommagés. Route alternative 2 — cap de Bonne-Espérance : certains opérateurs ont rerouté le trafic par le sud de l’Afrique, ajoutant environ 60 ms aux routes Asie–Europe. C’était l’itinéraire des câbles télégraphiques du XIXe siècle — redevenu brièvement pertinent en 2024. Route alternative 3 — terrestre via l’Asie centrale : le trafic d’Asie centrale qui passait auparavant vers l’ouest via le Moyen-Orient a été repoussé vers le nord via la Russie, puis sur des réseaux terrestres est-ouest en Asie centrale.

Ce que montrent les mesures de GeoCables

Nos sondes RIPE Atlas à Minsk, Almaty et Tbilissi ont capté les changements de routage. La sonde d’Almaty — géographiquement la plus proche de la zone touchée — a montré des hausses mesurables de RTT vers des destinations du Moyen-Orient pendant la fenêtre d’incident. Plus important encore, nos traceroutes depuis Tbilissi montrent que, même après la réparation des câbles, les schémas de routage ont évolué. Le trafic qui entrait auparavant dans les réseaux du Moyen-Orient à Jeddah ou Aden apparaît plus souvent à d’autres points d’entrée, ce qui reflète la décision des opérateurs de se diversifier en s’éloignant des stations d’atterrissement proches du Yémen. Nos mesures actuelles sur SEA-ME-WE 5 — le câble qui a absorbé l’essentiel du trafic rerouté — montrent un RTT stable dans une plage de 100 à 140 ms entre Singapour et Marseille, ce qui suggère que la tension de capacité s’est résorbée à mesure que les réparations ont été achevées et que des routes alternatives ont été mises en place.

Le calendrier des réparations

Réparer des câbles sous-marins dans une zone de conflit actif a posé des difficultés sans précédent. Les navires de réparation de câbles — des bâtiments spécialisés dont le coût d’exploitation peut dépasser 30 000 dollars par jour — ont besoin d’autorisations pour entrer dans les eaux nationales. Le conflit en cours au Yémen a rendu l’obtention des permis et l’accès sécurisé pratiquement impossibles pendant des mois. L’International Cable Protection Committee (ICPC) a indiqué que la logistique des réparations était compliquée par :

  • l’impossibilité d’obtenir des autorisations des autorités yéménites ;
  • les risques sécuritaires pour les navires de réparation opérant à proximité d’un conflit actif ;
  • les contraintes de profondeur sur certains points de coupure (les câbles en eau profonde demandent plus de temps à réparer).

Certaines coupures sont restées non réparées pendant des mois, avec un trafic continuant à emprunter les itinéraires de reroutage.

Pourquoi la mer Rouge est irremplaçable

La géographie de la mer Rouge la rend presque impossible à éviter pour les câbles Asie–Europe. Toutes les alternatives sont moins bonnes. Contourner l’Afrique ajoute plus de 15 000 km à n’importe quel câble Asie–Europe, augmente la latence d’environ 75 ms et impose des systèmes beaucoup plus longs — donc beaucoup plus coûteux. Passer par l’Asie centrale, en terrestre, fonctionne pour les pays enclavés, mais ajoute de la latence à cause des multiples sauts de routage et n’offre pas la capacité brute de la fibre sous-marine. Passer par l’Arctique (route maritime du Nord) a été évoqué, mais reste impraticable pour des systèmes commerciaux de câbles. Résultat : tous les grands câbles sous-marins Asie–Europe continuent de passer par la mer Rouge, en acceptant le risque géopolitique comme le prix d’un routage optimal.

Leçons pour la résilience d’Internet

Les coupures de la mer Rouge en 2024 ont montré à la fois la résilience et la fragilité de l’infrastructure mondiale de l’internet. Résilience : l’internet a rerouté automatiquement le trafic. Les services sont restés en ligne. La redondance intégrée au réseau mondial de câbles a évité une panne généralisée. Fragilité : quatre câbles empruntant le même corridor géographique ont échoué simultanément. La concentration des câbles dans un seul goulet d’étranglement — surtout dans une zone de conflit — crée un risque systémique qu’aucune redondance câble par câble ne peut éliminer. GeoCables continue de surveiller tous les câbles qui passent par le corridor de la mer Rouge. L’état actuel de SEA-ME-WE 5, AAE-1 et FALCON est suivi dans notre Health Monitor →.


Câbles associés : SEA-ME-WE 5 → · AAE-1 → · 2Africa

Evgeny K.
Auteur
Evgeny K.
Ingénieur infrastructure · Fondateur de GeoCables
A créé GeoCables pour surveiller les câbles sous-marins en temps réel. Exploite un réseau privé de 4 serveurs de mesure avec des sondes RIPE Atlas à Minsk, Almaty, Tbilissi et Jérusalem.

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