Pourquoi le trafic Internet fait des détours: Moscou à Thaïlande via Marseille et Singapour

Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi votre trafic Internet parcourt des milliers de kilomètres supplémentaires, au-delà de ce qui semble logique ? GeoCables a documenté un cas similaire : le trajet de Moscou (RU) vers le serveur ns1.thnic.co.th en Thaïlande (TH) est passé par Marseille (FR) et Singapour (SG), déviant de la ligne directe de 2672 km. Le temps de parcours aller-retour (RTT) était de 215 millisecondes, soit presque trois fois le minimum théorique de 71 ms pour une distance directe de 7065 km. Explorons les raisons et les conséquences de ce détour Internet.
Pourquoi le trajet passe par Hurricane Electric et d'autres opérateurs de transit ?
Sur ce trajet, les principaux fournisseurs de réseau étaient AS6939 Hurricane Electric LLC, AS50867 HOSTKEY B.V. et AS4651 National Telecom Public Company Limited. Hurricane Electric, l'un des plus grands opérateurs de transit mondiaux, est réputé pour sa connectivité élevée. Ses nœuds sont souvent utilisés pour la routage du trafic international, notamment lorsque le peering direct entre opérateurs locaux est absent. À Moscou, le trafic a démarré via HOSTKEY, une entreprise néerlandaise avec un nœud en Russie, puis a traversé l'Europe pour atteindre Marseille, où Hurricane Electric connecte de nombreux câbles à ses points d'atterrissement.
Après Marseille, le trajet s'est dirigé vers Singapour, un autre hub stratégique. Finalement, le paquet a atteint la Thaïlande via les réseaux de National Telecom (anciennement TOT Public Company Limited), un grand opérateur local. Cette déviation est liée à l'économie du transit : les fournisseurs choisissent des itinéraires optimaux en termes de coût et de disponibilité de peering, plutôt que de suivre une ligne géographique directe.
Conséquences pratiques pour l'utilisateur
Une latence de 215 ms n'est pas qu'un simple chiffre, elle est perceptible au quotidien. Par exemple, lors des appels vidéo via Zoom ou Microsoft Teams, la voix peut sembler retardée de manière notable, surtout dans les dialogues bilatéraux. Dans les jeux en ligne, où chaque milliseconde compte, une telle latence rend les jeux pratiquement inutilisables à un niveau compétitif. Les opérations financières nécessitant une exécution ultra-rapide (comme sur les marchés boursiers) en pâtissent également : les traders perdent des millisecondes précieuses.
Pour les services cloud tels que Google Drive ou Dropbox, une latence élevée se traduit par un téléchargement lent des fichiers et une diminution de l'interactivité des interfaces. Idéalement, le RTT sur ce trajet pourrait être plus proche de 71 ms, ce qui améliorerait considérablement la qualité du service.
Contexte infrastructurel : pourquoi le trafic de la région prend des détours ?
Un trajet direct de Moscou à la Thaïlande pourrait passer par des itinéraires plus courts, comme via l'Asie centrale ou le Moyen-Orient. Cependant, les limitations infrastructurelles jouent un rôle clé. Les systèmes de câbles dans ces régions sont soit insuffisamment développés, soit ont une connectivité limitée avec les opérateurs de transit mondiaux. Les zones de conflit compliquent également la construction et l'exploitation des câbles, ce qui oblige le trafic à contourner ces régions problématiques. Dans notre cas, le trajet via Marseille et Singapour s'est avéré le plus accessible pour les fournisseurs.
Événements réels à proximité : quel impact ont-ils ?
GeoCables a enregistré plusieurs phénomènes naturels près de ce trajet, notamment un tremblement de terre de magnitude 5.2 en Birmanie le 18 mai 2026 et des inondations en Russie, en Thaïlande, au Cambodge et en Birmanie durant les mois d'été. Cependant, les données de surveillance montrent clairement que le détour Internet actuel est lié aux particularités de la routage et non à ces événements. Par exemple, l'inondation en Thaïlande (à 316 km du nœud final) a eu lieu quelques jours avant la mesure, mais n'a pas influencé la latence.
Néanmoins, ces événements soulignent l'importance d'une infrastructure résiliente. Par exemple, les câbles traversant des zones sujettes à des catastrophes naturelles nécessitent souvent des investissements supplémentaires pour leur protection et leur redondance.
Conclusion
Les détours Internet, comme le trajet Moscou-Thaïlande, révèlent la complexité du réseau mondial. Le trafic dévie non pas à cause des caprices de la nature, mais en raison des réalités économiques et infrastructurelles : peering, opérateurs de transit et points d'atterrissement des câbles dictent le chemin. Pour les utilisateurs, cela signifie une latence accrue, qui peut être critique pour les appels vidéo, les jeux, les opérations financières et les services cloud. GeoCables continue de surveiller ces trajets afin de mettre en lumière les mécanismes cachés de l'Internet mondial.