De Biélorussie à Auckland : 311 ms jusqu'au hub isolé
De la Biélorussie à la Nouvelle-Zélande : 311 ms jusqu'au centre internet le plus isolé au monde
Basé sur de véritables mesures issues de l’infrastructure de surveillance GeoCables, mars 2026
La Nouvelle-Zélande se situe au bout du monde — géographiquement isolée dans le Pacifique Sud, reliée à l’internet mondial par seulement quelques câbles sous-marins. Avec 311 ms, le trajet de Minsk, en Biélorussie, à Auckland est remarquablement efficace compte tenu des ~18 000 km de distance physique. Le traceroute révèle une lacune inhabituelle : après Moscou à 48 ms, le saut visible suivant est Auckland à 311 ms — soit 263 ms de parcours invisible à travers un câble sous-marin.
Le traceroute
| Saut | Localisation | Réseau | RTT |
|---|---|---|---|
| 1–2 | Minsk, BY | A1 Belarus (AS42772) | 6 ms |
| 3–6 | Minsk, BY | Business Network / NTEC (AS60280) | 2 ms |
| 7–8 | Moscou, RU | NTEC → (inconnu) | 12–48 ms |
| 9–13 | (toutes les requêtes expirées) | segment de câble sous-marin | — |
| 255 | Auckland, NZ | .nz Registry (AS45809) | 311 ms |
Les sauts 9 à 13 sont tous des requêtes expirées — les routeurs sur les segments de câbles sous-marins bloquent typiquement l’ICMP, rendant la portion sous-marine du trajet invisible au traceroute. L’intervalle de 263 ms entre Moscou et Auckland correspond à environ 18 000 km de fibre traversant la Russie et l’océan Pacifique.
Le voyage invisible : ce qui se passe durant ces 263 ms
Depuis Moscou, le trafic suit très probablement l’un de ces chemins :
Option A — Transsibérien + Southern Cross :
Moscou → Vladivostok (terrestre, ~9 000 km) → Câble Southern Cross → Auckland. Southern Cross est le principal câble international sous-marin de la Nouvelle-Zélande, reliant Auckland à Sydney, Fidji, Hawaï et la côte ouest des États-Unis. Le trajet en fibre de Moscou à Vladivostok prend environ 50 ms ; Vladivostok à Auckland via Southern Cross ajoute environ 120 ms.
Option B — Via Singapour/Hong Kong :
Moscou → Hong Kong (~167 ms comme vu dans la route KR) → Southern Cross ou Hawaiki → Auckland. Cette alternative ajoute de la latence mais peut être préférée par certains opérateurs pour des raisons de peering.
Le RTT total de 311 ms correspond à l’Option A.
Dépendance câblière de la Nouvelle-Zélande
La connectivité internet internationale de la Nouvelle-Zélande repose entièrement sur trois câbles sous-marins principaux :
- Southern Cross (vers l’Australie, Fidji, Hawaï, États-Unis) : câble international principal
- Hawaiki (vers l’Australie, Hawaï, Oregon) : ouvert en 2018, ajoute de la redondance
- Tasman Global Access (TGA) (vers l’Australie) : connectivité trans-tasmanienne
Les trois aboutissent à Auckland ou dans sa région, faisant d’Auckland un véritable point unique de défaillance pour l’internet néo-zélandais. Une panne simultanée de Southern Cross et Hawaiki dégraderait gravement la connectivité internationale de la Nouvelle-Zélande.
Le dernier kilomètre : le registre .nz
La destination — AS45809, le registre de domaine .nz — constitue l’infrastructure DNS de Nouvelle-Zélande. C’est le serveur de noms faisant autorité pour tous les domaines .nz, ce qui en fait un pilier fondamental de l’internet du pays.
État de la surveillance
- RTT actuel : 311 ms | Sauts invisibles : 5 (segment de câble sous-marin)
- Itinéraire : Minsk → Moscou → (sous-marin) → Auckland
- Remarque : 263 ms de ce trajet sont totalement invisibles au traceroute — le plancher océanique entre la Russie et la Nouvelle-Zélande